Théories institutionnelles et gouvernance

Gouvernance d'entreprise, théorie des coûts de transaction, théorie de l'agence: des analyse et des recherches

29 septembre 2007

La confiance rationalité marchande ou norme sociale?

Les théoriciens de l'agence et les théories de l'incitation, pour leur part, analysent la confiance comme un mécanisme incitatif. Le concept de confiance n'est donc pas totalement éliminé. Ils suggèrent que des mécanismes contractuels incitatifs appropriés soient mis en place pour endiguer l'opportunisme. De tels mécanismes génèreraient la confiance entre les parties en les incitant à se comporter conformément aux engagements pris. C'est une stratégie qui doit réduire les coûts d'agence et de transaction. Mais ici encore les individus ont tout intérêt à être honnête ; il ne s'agit pas, par conséquent, d'une véritable analyse de la confiance. TN_FractalForge_004_Sw

La fonction des institutions sociales n'est donc pas de susciter la confiance mais plutôt de limiter la probabilité d'un comportement opportuniste. L'individu est ici considéré comme étant désocialisé et calculateur. La malhonnêteté est détournée par des arrangements institutionnels habiles qui rendent ce comportement trop coûteux. La confiance est ainsi liée à l'existence de sanctions, incitant les agents à tenir leurs promesses. Cette affirmation conduit à une impasse théorique. Les arrangements, aussi efficaces soient-ils, ne produisent pas la confiance. Ils ne sont qu'un substitut fonctionnel à cette dernière. Ces conceptions sont sous-socialisées dans le sens où elles ne permettent pas de prendre en compte la mesure des relations personnelles concrètes et les obligations inhérentes qui découragent la malhonnêteté au-delà des arrangements institutionnels. Ainsi, les individus ne sont pas forcément tentés par le non-respect de leurs promesses, et c'est d'ailleurs uniquement dans ce contexte que l'on peut parler de confiance.

L. Karpik (1998), dans une analyse critique de la thèse soutenue par O.E. Williamson sur la confiance, montre en quoi ce dernier n'est pas parvenu à discréditer la notion de confiance. « Or l'observation historique et sociale ne cesse de faire surgir des phénomènes, individuels et collectifs de libre consentement, d'abandon de soi par lesquels la confiance, comme relation de délégation se rend présente et manifeste que loin d'être exclusivement habitée par le risque, elle peut aussi se trouver régie par la certitude » L. Karpik (1998, p.1056).

Par ailleurs, A. Orléan (1995) affirme que l'existence d'intérêts mutuels réellement perçus par les agents ne suffirait pas à promouvoir la coopération. « L'intérêt mutuel à des transactions réciproques n'est pas une garantie suffisante de la stratégie d'autrui et ne constitue pas une justification des rapports de confiance nécessaire » M. Douglas (1989, p.49). « Sans la confiance des hommes les uns envers les autres, la société entière se disloquerait, rares en effet sont les relations uniquement fondées sur ce que chacun sait de façon démontrable de l'autre, et rares celles qui dureraient un tant soi peu, si la foi n'était pas aussi forte et même souvent plus forte que les preuves rationnelles » G. Simmel.

Pour l'école institutionnelle, les institutions sociales et les arrangements institutionnels sont vus comme une solution      efficace à des problèmes économiques. La confiance est analysée en termes de risque : toute transaction se ramène au calcul des coûts/bénéfices que l'on va pouvoir retirer d'un échange (O.E. Williamson, 1993).

La question pour A. Orléan (1995) est le lien à établir entre confiance et calcul. La confiance est-elle le résultat du calcul des intérêts réciproques , ou bien s'agit-il d'une façon d'interagir par delà le calcul et les intérêts? Selon O.E. Williamson, le principe de l'action est à mettre en relation avec la structure des intérêts sans que le recours à la confiance ne permette une meilleure compréhension des décisions. Il remarque, par ailleurs, que ce que l'on appelle parfois confiance n'est rien de plus que le résultat d'un calcul. La confiance est un concept inutile dès lors que le calcul est possible. Lorsque les intérêts réciproques sont convergents, ils suffisent par eux-mêmes à expliquer la coopération.

   


[1] A. ORLEAN « Sur le rôle respectif de la confiance et de l'intérêt dans la constitution de l'ordre marchand » Problèmes Economiques, 1995, n°2422, pp. 7-14

[2]  O.E. WILLIAMSON « Opportunism and its critics » Managerial and Decision Economics, 1993, vol. 14, pp. 97-107;

[3] Il y aurait deux procédures incitatives : la réputation et l'ancienneté. Un comportement opportuniste détruit la réputation. C'est donc une incitation à la loyauté. Il doit en résulter la confiance. L'ancienneté des relations plaide dans le même sens. Il n'est pas question de tricher si l'on veut continuer des affaires à l'avenir.

[4]    L. KARPIK « La confiance : réalité ou illusion ?  Examen critique d'une thèse de Williamson » Revue Economique, 1998, vol. 49, n°4, pp. 1043-1056.


Posté par Nathalie Gardes à 16:56 - Confiance - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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